DÉPART MUSCLÉ POUR NOTRE DUO DE CHOC’

Le départ de la Transat Jacques Vabre, plus grande course de la saison, approche à grands pas pour Armel Tripon et Vincent Barnaud. RÉAUTÉ CHOCOLAT fait partie des six Multi50 qui vont batailler pendant deux semaines sur cette transatlantique de légende et tenter de se faire une place au soleil brésilien de Salvador de Bahia. A moins de 48 heures du départ, c’est l’heure de faire le point avec Armel sur les conditions météo, plutôt viriles, qui attendent les deux marins de RÉAUTÉ CHOCOLAT. Il faudra être très prudents en début de semaine…

 

Armel, à quelles conditions météo vous attendez-vous pour ce départ de la Transat Jacques Vabre ?

« Sur le départ proprement dit – qui sera donné dimanche à 13h35 – nous aurons un bon flux de ouest/nord-ouest d’environ 20 nœuds, avec des rafales à 25 nœuds. Un vent assez instable. Ce n’est pas énorme mais ça va être déjà sportif et il faudra être vigilant dès le départ. Ce flux va nous accompagner jusqu’en milieu de journée dimanche. Au fur et à mesure que l’on gagnera vers la pointe bretonne le vent va mollir progressivement et il devrait tomber avec l’arrivée d’une dorsale sur notre route. Nous allons sortir de la Manche assez rapidement : nous devrions être dans les parages de Ouessant en milieu de nuit dans la nuit de dimanche à lundi. »

Ensuite il y a une dorsale à traverser donc peu de vent, avant d’affronter l’inverse, c’est-à-dire du gros temps ?

« Le vent tombe lundi matin, car une grosse dorsale se couche sur nous. On doit la traverser mais elle passe assez vite. Derrière elle, un flux de sud-ouest va arriver sur nous. Et là il faudra mettre nos casques lourds, comme on dit, car ce sera musclé pour ces premiers jours de course ! »

C’est-à-dire ?

« Le phénomène est classique à cette saison, nous sommes au mois de novembre… Il est assez actif. Nous aurons une mer vraiment forte dès lundi soir et dans la nuit de lundi à mardi, avec un passage de front. Le vent de sud-ouest va monter à 25/30 nœuds avec rafales à 45 voire 50 nœuds et une mer forte à très forte, des creux de 5 à 7 mètres. Puis il y aura une bascule du vent assez brutale avec un passage du secteur sud-ouest au secteur nord-ouest, probablement mardi matin. Là il y aura aussi au moins 30 nœuds de vent et toujours une mer grosse. »

 

Est-il possible d’éviter ces conditions, très engagées pour des multicoques, ou du moins de trouver une trajectoire qui permette d’espérer une navigation moins musclée ?

« Oui. J’ai toujours dit que le premier objectif est de ne pas casser le bateau et qu’avant de penser à faire un éventuel résultat il faut d’abord faire en sorte d’arriver au Brésil. Donc oui, on étudie ça de très près avec notre routeur à terre, Christian Dumard. Je ne veux pas tout dévoiler pour des raisons évidentes, mais il est probable qu’on opte pour une stratégie d’évitement. Je ne dirais pas la même chose si nous faisions la course en monocoque (il y a fort à parier d’ailleurs qu’on ne suive pas la même route que les bateaux à une seule coque) mais quand tu navigues en multi, il faut parfois savoir trouver d’autres routes pour éviter les conditions les plus viriles. Une des idées pourrait consister à ne pas aller chercher le front dans l’ouest (ce que feront peut-être les IMOCA d’ailleurs) mais au contraire opter pour un gain vers le sud très tôt. Si on choisit cette route-là, ce sera clairement pour trouver 30 nœuds de vent plutôt que 40 nœuds et des creux de 3 à 4 mètres mais pas de 6 à 7 mètres. Nos supporters à terre comprendront qu’on ne souhaite pas jouer les têtes brûlées en allant chercher des conditions trop fortes pour nos bateaux sous prétexte d’être mieux placés en début de course. Je pense qu’il faut surtout naviguer en bon marin et nous préserver au maximum ; dans des conditions comme celles qui sont annoncées, cela prime sur la compétition. »

Les conditions deviennent plus maniables ensuite ?

« C’est une entrée en matière sportive et la priorité des trois premiers jours de course sera de préserver le bateau. Mais ensuite il y a un anticyclone puissant sur les Açores, les conditions deviendront plus clémentes et on devrait descendre assez vite vers le Cap Vert. Nous devrions avoir de la mer assez forte jusqu’à jeudi mais après, entre Madère et les Canaries nous devrions naviguer sur une mer plus rangée, dans un alizé ‘portugais’ de nord-est très favorable. Et le vent va mollir en fin de semaine, à partir de jeudi. Pour ceux qui connaissent bien la course au large c’est un schéma assez classique où on va aller chercher la bordure de l’anticyclone avant d’empanner en ‘aile de mouette’ ».

En nombre de jours, quel timing pouvez-vous envisager à bord de RÉAUTÉ CHOCOLAT sur cette Transat Jacques Vabre ?

« C’est approximatif évidemment, mais je pense que nous pourrions être proche du Cap Vert en six jours, franchir l’équateur en 8 jours et mettre plus ou moins 12 jours au total pour atteindre la ligne d’arrivée à Salvador de Bahia, au Brésil. Nous sommes fin prêts avec Vincent, concentrés après avoir passé une excellente semaine ici au Havre, où les équipes de RÉAUTÉ CHOCOLAT ont offert encore un super programme d’animations. On travaille beaucoup les dernières évolutions de la météo avec Christian (Dumard), nous sortons à l’instant d’un nouveau briefing avec lui. Il a beaucoup d’expérience de ce genre de situations et c’est évidemment très précieux pour nous. Maintenant, place à la course ! »

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