ARMEL TRIPON : « TROUVER LE BON DOSAGE ! »

Il faudra attendre demain vendredi pour que le vent mollisse et d’ici là rester concentrés, attentifs et vigilants à la barre de RÉAUTÉ CHOCOLAT. Comme tous les concurrents, et tout particulièrement ceux qui naviguent en Multi50, Armel Tripon et Vincent Barnaud ont été un peu secoués par le chavirage de Drekan Groupe, dont les deux skippers ont heureusement été récupérés sains et saufs. Mais la course endiablée continue, à haute vitesse : entre les Açores et Madère, RÉAUTÉ CHOCOLAT file rapidement vers le sud, à la 3e place de cette Transat Jacques Vabre 2017.

 

 

Le chavirage de Drekan Groupe vous a surpris ?

Grand Prix Guyader 2017

« Un peu choqués, oui. Ça fait vraiment bizarre quand tu reçois le message de la direction de course pour t’annoncer qu’un autre Multi50 a chaviré, surtout que Drekan Groupe n’était pas très loin derrière nous. On est vraiment tristes pour Eric (Defert) et Christopher (Pratt) pour qui la course s’arrête ici, même si on n’est pas trop inquiets pour leur survie, car on peut tenir très longtemps dans une coque retournée en attendant les secours (NDR : Eric et Christopher ont été effectivement secourus depuis cet interview). Quand on l’a appris, ça ne faisait même pas une heure que nous avions décidé de réduire la toile avec Vincent, parce qu’il y avait encore pas mal de vent et de la mer ! En multicoque, le plus difficile c’est de trouver le bon dosage, c’est-à-dire où bien placer le curseur entre la performance et la sécurité. La mer s’est levée de manière un peu abrupte la nuit dernière et on ne s’y attendait pas forcément dans ces proportions-là. »

La dernière nuit a été encore difficile ?

« Un peu compliquée parce qu’avec du vent instable et des grains qui sont montés jusqu’à 30, 33 nœuds… Le tout sur une mer assez courte et hachée. Le bateau peut planter dans la vague et il faut faire très attention. Il y a forcément du stress en multi dans ces conditions-là. On a toutes les écoutes dans nos systèmes anti-chavirage et on est très concentrés à la barre… »

Les conditions se sont-elles assagies au lever du jour ?

« Oui. Il y a toujours du vent soutenu – entre 18 et 25 nœuds moyens – mais la houle est plus longue et mieux rangée. On prend un peu moins de seaux d’eau dans la figure ! Il faut rester vigilant en raison de l’instabilité du vent pour ne pas se retrouver surtoilé… ni sous-toilé d’ailleurs. En ce moment, nous avons un ris dans la grand-voile et le J1 (grande voile d’avant) devant. On glisse bien, en dosant au maximum pour éviter la bêtise. On fait gaffe, mais on est bien revenus dans le match, c’est vraiment intéressant et sympa de se battre comme ça et Ciela Village n’est que 7 ou 8 milles derrière nous. On ne les voit pas, mais on sait qu’ils ne sont pas bien loin. Le soleil commence à nous réchauffer un peu, c’est plus agréable. Et le vent devrait mollir demain vendredi. »

Comment fonctionnez-vous avec votre routeur Christian Dumard et quelles sont les grandes lignes de la stratégie de RÉAUTÉ CHOCOLAT d’ici ce week-end ?

« Christian nous fait deux briefs, un le matin et un le soir, sinon on fonctionne beaucoup par sms et on s’appelle en vocal au moins une fois par jour. C’est vraiment intéressant de travailler comme ça avec lui. La stratégie c’est de mettre un peu d’ouest dans notre cap vers le sud dès que le vent et la mer le permettent. Il s’agit d’avoir le meilleur angle pour descendre vers le Cap Vert et d’anticiper le passage du Pot au noir. Au Cap Vert, qui est encore 1300 milles devant nous, on s’autorisera peut-être un petit café sympa en terrasse sous gennaker… Ce sera presque les vacances par rapport aux conditions rencontrées depuis le départ ! »

Cette Transat Jacques Vabre est dure depuis le départ dimanche mais est-ce qu’il y a malgré tout du plaisir à bord ?

« Ah oui ! On est contents d’être revenus dans le match avec Vincent et s’il y a du stress il y a aussi du plaisir, heureusement ! Au début Vincent a eu du mal à dormir : il faut reconnaître qu’à l’intérieur, quand le bateau part dans un surf à 30 nœuds, ça fait un bruit énorme ! Un bruit vraiment assourdissant et ce n’est pas très simple de s’habituer à ça… Mais on finit par y arriver. On a eu beaucoup de plaisir aussi à participer à une vacation en direct avec tous les salariés de RÉAUTÉ CHOCOLAT. C’était vraiment sympa et même émouvant ! »

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